« L’aventure entrepreneurial », cette expression exotique pour un périple plus ou moins long que nous accomplissons avec une équipe composée d’associés ou de collaborateurs qui au fil du temps vont devenir notre premier cercle. Si comme pour la meringue la recette semble simple, il n’en demeure pas moins compliqué de trouver la bonne cuisson.

Arrive sur scène « le porteur de projet ». Face à cette expression souvent rencontrée au singulier, est-il est nécessaire de posséder une imagination galopante pour projeter l’image d’un pénitent qui arpente les rues de Sartène la veille de Pâque ? (je m’excuse auprès de nos futurs amis québécois pour la référence Corso-Corse). Ainsi au fil de la lecture la grande question se profile : comment ne pas se retrouver seul comme un chien bleu quand on crée une startup jeune pousse ?

Et c’est normalement à ce stade de l’article que j’essaye de vendre la méthode de cohésion de groupe ultime avec des conseils aussi efficaces que le régime minceur à 1 mois de la saison d’été. Le web en regorge, je vais vous épargner et c’est par une citation que débute mon laïus… oui, nous sommes tous un peu prêcheurs.

« L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage. » — Robert Louis Stevenson

À la lecture de cette phrase, j’ai envie d’utiliser la formule consacrée de mes associés qui ressemble à ça : « c’est stylé ! » Bref et précise elle nous éclaire sur le caractère classieux d’une situation ou d’un objet, mais peux tout aussi bien s’employer pour des morceaux de code en JavaScript.

Dans mon cas je trouve que sa simplicité en renforce son sens, surtout lorsque nous parlons d’une équipe qui œuvre dans un même but : la réussite de son entreprise. Nous avons fondé Prevn avec Jean-Baptiste Leonelli et Loïc Lastennet pour porter un projet de recherche sur une solution numérique en santé et sécurité au travail. Dans l’ensemble, nous somme dans le schéma suivant : « heu salut ! j’ai un idée qui ressemble à ça… Vous voulez en être ? » et nous voilà navigants en père pénard sur la grande marre des canards.

Si pour un salarié l’équation semble simple à résoudre (salaire = travail), dans le cas d’une association de personnes qui démarre avec peu de revenus, générer de l’engagement autour du projet et le faire adopter de tous est primordial. Passé la phase de clarification sur la destination, le voyage commence avec son lot de joie et de déception, d’incompréhension de surprises, parfois bonnes ou moins bonnes... Tel Neo dans Matrix quand il voit repasser le chat vous vous dites : « C’est comme une sensation de déjà vu ! »

Quelle entreprise n’a jamais été confrontée à cette situation ? Et surement à certains moments de la vie de la société devrons-nous de nouveau y faire face. Le constat est sans appel, les plus beaux tableaux Trello et l’approche agile ne vous sauveront pas sans un engagement total de l’équipe. La Fragilité des débuts impose une rigueur de travail et une assiduité dans les taches respectives.

Nous avons tous des souvenirs d’associations de malfaiteurs qui se terminent souvent de la même façon : le flop du projet, la capitulation face à la non-entente, l’errance dans les limbes avant de rencontrer Charon et sa navette maritime.

Nous restons notre pire ennemi avec cette fantastique capacité à s’auto persuadée que tout va bien, voir que tout ira mieux plus tard. Tous les indicateurs sont au rouge, le bateau est à 300 mètres par le fond, nous discutons avec des poissons rouges… mais** « bene est omnibus ! »**.

C’est à ce moment que les interrogations arrivent et deux attitudes s’esquissent : la première est celle de l’égo-tripé qui va charger les autres, l’autre puise son énergie dans l’éternel pénitent en prenant toute la charge de responsabilité, c’est le syndrome « porteur de projet au singulier ».

Je considère qu’aucune de ces positions n’est bénéfique, tout au plus peut-on en reconnaitre le caractère humain.

Les lignes s’enchainent, vous n’avez pas encore décroché de ce texte et toujours aucune solution n’est proposée, et bien de notre côté Prevn vous propose le Waq à Québec, cela va changer votre vie d’entrepreneur pour les raisons suivantes :

  • Renforcer les liens dans un collectif ;
  • Apprendre à mieux se connaitre en Terra Incognita (d’accord, on ne fait pas le déplacement en caravelle avec Vasco de Gama) ;
  • Rencontrer et faciliter les échanges sur les pratiques avec d’autres entreprises à différents stades d’évolution ;
  • Transformer « porteur de projet » en « porteurs de projet ».

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Pour la faire simple, une équipe qui se connait bien communique efficacement (évident non !), sa fluidité dans les échanges la rend plus intelligente : c’est l’ivresse de l’agilité, elle devient plus réactive et anticipe les obstacles. (j’ai peut-être tendance à m’emballer).

Seulement, je reste persuadé que ce n’est pas derrière son écran que cette complicité professionnelle se crée, Slack c’est bien, le voyage c’est mieux. Ainsi au-delà des discussions de groupes, opportunités commerciales et conférences il s’agit d’améliorer ses relations de travail et pouvoir se dire : nous sommes une équipe !

Reinhold Messner, célèbre Alpiniste à avoir gravi les 14 sommets à plus de 8000 s’exprime un jour sur d’un de ses associés, également compagnon de cordé : « Ce n’est pas un ami dans le sens propre du terme, mais c’est quelqu’un qui a toute ma confiance et auquel je peux confier ma vie ».

Créateurs réveillons-nous ! Une jeune pousse qui démarre ce n’est pas la console vintage dans le coin avec des prépubères acnéiques qui passe la journée à éclater des scores. Tout le monde n’a pas un garage dans la Silicon Valley ou fait des dérapages en voiture de golf autour d’un bâtiment qui ressemble à une soucoupe volante.

Sir Winston Churchill dirait :* « [je n’ai à offrir que] du sang, du labeur, des larmes et de la sueur »*. Un peu extrême, mais nous ne sommes pas si loin de la réalité.

Nous avons hâte de partir sur ce lointain continent, chacun pour sa raison propre, mais tous pour un [hommage à Alexandre Dumas] : Relever au mieux notre défi de créateurs.

Impatient de rencontrer nos homologues, jeunes et moins jeunes, graphistes designer 2D/3D, concepteurs de jeux et développeurs, tous ont des expériences à partager. La semaine du numérique à Québec et L’Office franco-québécois pour la jeunesse nous offre cette opportunité d’échange, à nous d’en faire un moment unique.

Nous ne pouvons que saluer les initiatives régionales initiées par l’ADEC, l’Université de Corse et l’incubateur Inizià pour faciliter ces échanges France-Québec, notre statut d’insulaire rend ces opportunités doublement importantes pour ce qui est de confronter nos méthodes de travail.

Pour conclure cet article, je considère que tout projet si tenté qu'il soit au départ le fruit d’une personne doit trouver ses adeptes, en occurrence dans le premier cercle de l’entreprise. Si les enjeux sont compris de tous, les dissonances d’objectifs disparaissent d’elle-même. À ce stade, nous ne pouvons partager que notre expérience de jeune pousse et que la foudre me frappe si je tente à un moment de vous donner un semblant de conseil !

La prochaine fois je vais vous parler du profil de personnes qui se laisse importuner toutes les 2 secondes par son téléphone portable ou des navigations web qui mènent à tout sauf à l’ordre du jour. Cette réduction volontaire de la capacité de travail est un véritable frein, Avez-vous ce cas dans votre entreprise ? Soyez vigilant !

À bientôt.